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- L’ANGE DES TAUDIS -
L’histoire d’Octavia Hill par Jennie BOURNE
Oh ! Mademoiselle, elle s’est évanouie !
La jeune maîtresse de couture leva les yeux sur sa classe et vit, en effet, une de ses élèves effondrée sans connaissance sur sa table. On eut bientôt fait de la ranimer avec des compresses froides, puis on lui fit boire une tasse de thé, et la maîtresse lui conseilla de se laisser raccompagner par une camarade et de se coucher sans tarder. -
Oh ! Non, Mademoiselle, ne prenez pas cette peine. Je préfère m’en aller toute seule, cela ira mieux maintenant !
La classe terminée, Octavia Hill ne pouvait oublier le visage défait de la jeune fille qu’elle avait laissé partir toute seule, et elle se demandait si elle était bien arrivée chez elle. Elle ne prendrait aucun repos qu’elle ne soit rassurée à son sujet et décida d’aller elle-même rendre visite à son élève. La maison n’était pas facile à découvrir, se trouvant tout au fond d’une allée obscure. Enfin elle parvint à la pauvre mansarde, tout en haut d’un bâtiment délabré, où s’abritait une famille entière. Pas d’eau à l’étage, le charbon devait être monté péniblement à ce cinquième où vivaient tant bien que mal sept personnes dans une seule chambre ! La pluie suintait du toit avarié et le carreau cassé avait été remplacé par une feuille de papier. La visiteuse fut horrifiée à la vue de ce triste intérieur, et on lui répondit tranquillement :
« Oh ! Mademoiselle, il y a bien des maisons encore pires que celle-ci, allez ! ».
Elle poursuivit alors son investigation dans ces sombres impasses et découvrit que ces habitations indignes étaient la propriété d’hommes fortunés qui se contentaient de toucher les loyers de ces malheureux locataires sans jamais se soucier de leur bien-être. -
Oh ! Si seulement je pouvais construire des maisons pour les pauvres ! dit-elle un jour à John Ruskin, son professeur de peinture. -
Eh ! Bien, ma chère, votre vœu pourrait fort bien s’accomplir, car je viens de faire un gros héritage tout dernièrement, et je me demandais ce que j’allais bien en faire. Je vais acheter deux ou trois immeubles à Londres, et vous serez ma gérante, tout simplement !
C’est ainsi qu’a débuté la première entreprise contre les taudis de Londres, et elle fut un réel succès. On acheta des propriétés dans le quartier du Paradis (qui à cette époque était loin de mériter son nom !). On fit les réparations nécessaires, et les locataires furent encouragés à bien entretenir leurs logements. Certains se rebiffèrent, mais la grande majorité montra son appréciation de l’ère nouvelle qui venait de s’ouvrir pour le pays du taudis.De vieilles étables furent métamorphosées en salles de réunions et des terrains de jeu aménagés pour les pauvres enfants qui jusqu’alors n’avaient connu autre chose que de barboter dans les ordures du ruisseau. Cette œuvre prit bientôt un nouvel essor et d’autres propriétés furent acquises. Des assistants furent instruits pour poursuivre le travail d’Octavien Hill, avec un même idéal, et ses méthodes furent bientôt adoptées dans tout le pays. Elle devint même une autorité dans les questions de la propriété et les experts eux-mêmes s’adressaient à elle et lui demandaient son opinion.On la fit membre de la Commission Royale pour l’indigence.
Et toutes ces transformations se sont opérées tout simplement parce qu’une jeune disciple de Christ avait ouvert son cœur à l’amour divin pour son prochain.
Le verset gravé sur le portail d’une de ses propriétés résume admirablement toute son œuvre :
« Toute maison a été construite par quelqu’un ; or, Celui qui a tout construit, c’est DIEU ». (Hébreu 3 : 4)
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